Pourquoi faut-il révéler son salaire ?

La semaine dernière, je discutais avec des amies de l’omerta qui plane encore aujourd’hui sur les salaires en France. L’argent, ce tabou. Et si ce silence participait aux inégalités entre les personnes ?

En 2019, l’Insee nous confirmait que l’écart salarial entre les femmes et les hommes, en équivalent temps plein, était de 18,5%, ce qui représente en moyenne un écart de 452 euros sur le salaire net. Une différence notoire qui participe à la précarisation des femmes, qui se confrontent encore et toujours à ce fameux plafond de verre. Seulement, comment savoir que l’on gagne moins que son collègue du bureau d’en face, si l’on ne parle jamais de nos salaires ? Impossible de se situer dans une entreprise qui ne fonctionne pas sur un système normé de barème, aucun moyen de savoir que l’on est défavorisé seulement parce qu’on n’a pas été dotées de testicules.


“Et toi, combien tu gagnes?”, fait partie de ces phrases qu’on ne peut pas prononcer en France, alors qu’on parle facilement de son salaire avec ses collègues et amis outre-Atlantique. Chez nous, l’enrichissement n’est pas forcément bien perçu, certainement à cause d’un héritage catholique qui place l’avarice comme étant l’un des sept pêchés capitaux. Aujourd’hui, on évite d’étaler son argent lorsqu’on en a, de peur de susciter la jalousie (n'avez-vous jamais parlé de votre collègue qui a acheté une nouvelle voiture "bien trop chère pour son train de vie" ?). Ceux qui ont le moins de scrupule à en parler, ce sont bien ceux qui en ont le moins. Et oui, en 2013, un sondage Ifop montrait que pour 78% des Français, être riche est mal perçu.

On a donc eu l’habitude de postuler sans avoir aucun repère sur lequel se baser, sans savoir si le salaire que l’on nous propose est “normal” ou non, sans pouvoir identifier si l’on est sous-payé.e par rapport à nos confrères. Connaître les salaires médians, à poste égal, dans la société dans laquelle on travaille, permettrait pourtant de limiter les discriminations et inégalités salariales. C’est également un moyen de situer sa valeur sur le marché.

Pour pallier à cela, voici ce qu’on peut faire : appeler des entreprises qui opèrent dans le secteur qui nous intéresse, et qui ont des postes vacants, pour leur demander le salaire proposé pour le poste à pourvoir. Vous n’aurez peut-être pas de réponse dans tous les cas, mais même si seulement une entreprise sur 10 vous donne des informations, cela peut vous aider à vous positionner, surtout dans le cas d’un premier emploi !

Certains sites dédiés à l'emploi se montrent également assez transparents à ce sujet et publient sur les annonces le salaire moyen, ou au moins une fourchette.


Et puis, surtout, parlons-en ! Nous sommes nombreux.ses à connaître les réalités évoquées plus haut concernant les inégalités, mais combien sommes-nous à les combattre réellement ? On se demande peut-être quoi faire, on a certainement l’impression qu’on ne peut pas réellement agir à notre échelle. Et pourtant, si !

Discuter de cela avec ses collègues, en amenant par exemple l’idée que l’on développe dans ces quelques lignes, permet d’engager la discussion pour tenter, ensemble, de désamorcer un problème ancré dans notre société depuis des dizaines d’années. Si personne n’en parle, même pas les employés, qui le fera ?

Parler ouvertement de son salaire permet de briser les inégalités entre les employés et le pouvoir que les employeurs ont sur leurs salariés. Cela permet d'être également en position de force lors d'un entretien d'embauche en connaissant sa valeur sur le marché. Il y a peu, j'ai postulé à une offre, et on m'a demandé mes prétentions salariales : j'ai donné un chiffre plus ou moins équivalent à mon ancien poste, mon employeur a accepté directement, et j'ai su que je m'étais faite avoir (mais bon, j'avais besoin d'un boulot) et que j'aurais éventuellement pu demander plus.

Lors de mes anciennes expériences professionnelles, j'ai toujours connu les salaires de mes collègues les plus proches : cela a permis a l'une d'entre elles de savoir qu'elle pouvait aspirer à une augmentation dans les mois ou années qui allaient suivre ! Tout bénéf, non ?


Alors voilà : lorsque j’étais salariée dans une agence de voyages à Paris, je gagnais 1900 euros brut, hors prime (qui étaient très généreuses). A Bruxelles, dans une autre agence de voyages, mon salaire était de 2100 euros brut. J’ai travaillé dans un hôtel pour 2300 euros brut par mois en tant que réceptionniste, toujours à Bruxelles. J'ai passé les 6 premiers mois de 2020 en tant que freelance , je ne me suis dégagé aucun salaire (allez, 200 euros par mois si on est généreux!). Cela change-t-il l’image que vous avez de moi ? Non ? Bon, alors, pas de problème !


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© 2020 - Bettina Zourli

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