Quand la Bande Dessinée est politique

Casterman est une maison d'édition emblématique qui publie, depuis 1777, des bandes dessinées, de Tintin au Chat de Geluck. Pas spécialement engagée, elle éditait pourtant, il y a quelques semaines, la bande dessinée issue du travail d'Anne-Charlotte Husson et de Thomas Mathieu, intitulée Le genre, cet obscur objet du désordre.


Le genre, c'est une BD éminemment féministe. L'autrice se présente d'ailleurs à la dixième page de l'ouvrage, comme féministe (elle a fait une thèse sur le sujet) et spécialiste de la justice sociale. Son acolyte du jour, Thomas Mathieu, s'est quant à lui déjà illustré sur deux ouvrages, Les crocodiles et Les crocodiles sont toujours là, deux bandes dessinées qui rapportent des témoignages de femmes victimes du harcèlement de rue.

Avant toute chose, je dois avouer que je n'ai jamais été très BD. Je n'en ai jamais vraiment lu, ce n'est pas un format qui m'intéresse. Ou plutôt, devrais-je dire qui m'intéressait. En effet, c'est en lisant des autrices féministes que j'ai commencé à apprécier ce genre littéraire. Jusqu'alors, il m'était apparu comme étant un format destiné aux enfants, et je découvre peu à peu, et encore plus avec cet ouvrage, que c'est un genre politique, complet et complexe, qui a toute sa place dans la littérature.

Ainsi, Le genre, cet obscur objet du désordre est une BD politique qui tend à mettre en avant les mécanismes des antiféministes et autre fervents détracteurs de ce qu'ils appellent la "théorie du gender" ou encore "idéologie du genre". Si vous lisez dans un article ces deux expressions, il y a fort à parier que vous ayez affaire à des militant.e.s antigenre.

Anne-Charlotte Husson s'attache donc ici à expliquer ce que sont les études de genre, ce qu'est le genre, et ce qu'il n'est pas, en argumentant contre les antigenres.


Le genre, c'est la manière dont on perçoit son sexe, mais c'est aussi toute la construction sociale qui attribue des caractéristiques spécifiques au sexe féminin et masculin, tout en divisant le monde de façon binaire.


La BD fait un état des lieux des propos conservateurs, des lobbies qui agissent, en sous-marin ou de façon médiatique, pour tenter de faire interdire les réflexions sur le genre.


L'ouvrage est un outil pédagogique puissant, puisqu'il permet, en environ deux heures de lecture, d'acquérir des outils pour construire un argumentaire sourcé sur le genre et l'importance de la réflexion autour de celui-ci dans notre société actuelle. Je mettrai une nuance à mon propos : il s'agit tout de même d'une lecture qui nécessite d'avoir des bases (et en même temps, je pense que les lecteurices d'un tel ouvrage se tournent justement vers celui-ci parce qu'iels sont déjà sensibilisés à la question). Je ne me verrai pas offrir cette BD à une personne qui évolue à mille lieues des sphères féministes, j'aurai peur de le perdre en route.

Si le genre vous intéresse, si vous construisez actuellement une pensée sur les féminismes et les combats actuels, ou si vous souhaitez offrir un cadeau à un.e ami.e féministe, je vous conseille évidemment cette BD, qui me réconcilie très certainement avec ce format.