Pourquoi a-t-on encore nos règles sous pilule?

Vous êtes-vous déjà demandé pourquoi a-t-on encore nos règles sous pilule ? Parce que moi, cette question, elle est arrivée assez tardivement dans mes réflexions. En fait, je prenais la pilule depuis déjà 6 ans quand j'ai posé la question à mon gynécologue. Je lui explique qu'une amie prend sa pilule en continu pour ne pas avoir ses règles parce que sa propre praticienne lui a expliqué qu'il n'y avait aucun problème à faire cela, étant donné que les règles qu'on a quand on prend la pilule sont des règles artificielles. J'avais bientôt 20 ans, je prenais la pilule depuis mes 14 ans, et jamais on ne m'avait expliqué cela.

Mon gynécologue s'offusque et m'explique que je ne peux en aucun cas faire ça (on est en 2010), à part exceptionnellement l'été si je pars en vacances et que je n'ai pas envie d'être embêtée à la plage.

Pourtant, sous pilule, il n'y a pas d'ovulation, pas de croissance de l'endomètre, il n'y a donc pas de règles naturelles possible !


Heureusement, on sait maintenant qu'on peut prendre sa pilule en continu sans que cela pose problème. Mais alors, pourquoi a-t-on inventé une pilule qui recrée des fausses règles en premier lieu, si cela n'a aucune utilité ?!



Il y a plusieurs hypothèses. La première serait en lien avec l'Eglise : d'après le Docteur John Guillebaud qui a donné un entretien dans The Telegraph, les 7 jours de pause entre chaque plaquette de pilule et donc les règles auraient été mises en place pour convaincre le Pape que la contraception n'était pas si contre-nature que ça. Dans les années 1960, des gynécologues catholiques ont donc tenté de montrer que la pilule respecte le cycle menstruel naturel des femmes grâce à cette pause et aux règles provoquées artificiellement.


La seconde est liée aux lobbys conservateurs et industriels, comme l'explique Juliet Drouar dans cet épisode de Gang of witches. Il s'agissait là de préoccupations essentialistes et avec des enjeux sexistes et misogynes. Un "vrai" corps de femme doit être un corps qui saigne. Juliet explique qu'encore aujourd'hui, il suffit de se raser la tête quand on est une femme ou de mettre des talons quand on est un homme, pour que les gens soient littéralement paumés. D'où l'importance de conserver des règles, même artificielles, pour les millions de femmes sous pilule.


L'année dernière, la Faculty of Sexual and Reproductive Healthcare (FSRH) au Royaume-Uni a statué sur le sujet et conclut : " there is no health benefit from the seven-day hormone-free interval". Il n'y a pas d'intérêt particulier sur la santé à maintenir l'arrêt de 7 jours sans hormones entre deux plaquettes de pilule. "Women can safely take fewer (or no) hormone-free intervals to avoid monthly bleeds, cramps and other symptoms" : les femmes peuvent écouter l'intervalle ou ne pas faire de pause du tout pour éviter les saignements, crampes et autres symptômes de règles.

Un autre élément ressort de l'étude : "If a hormone-free interval is taken, shortening it to four days could potentially reduce the risk of pregnancy if pills, patches or rings are missed". Si l'on fait la pause entre les deux plaquettes, réduire l'intervalle de 7 à 4 jours réduirait les risques de grossesse s'il y a un oubli de pilule, patch ou anneau pendant le cycle.


Autant d'informations qui n'ont, parait-il, pas encore rejoint nos cabinets de gynécologie et les oreilles de nos praticien.ne.s ! Pourtant, il semblerait bien qu'on puisse évincer cette "hémorrage de privation" (autant utiliser un autre terme que les règles puisque ce n'en est pas!) sans risque particulier (autre que ceux que comportent déjà les contraceptifs hormonaux bien sûr).


Vous le saviez ?