Les inégalités salariales n'existent pas

Il est difficile d’y voir clair sur la question des inégalités salariales, tant les chiffres sont nombreux et, souvent, contradictoires. Ainsi, on peut souvent lire que les femmes gagnent 24% de moins que les hommes dans certains articles, alors que d’autres parutions évoquent un chiffre d’à peine 2%. Un état des lieux s’impose.

Si l’on lit les chiffres publiés par le site du gouvernement français, on constate que l’écart salarial à travail égal est de 9%, et qu’au cours de leur carrière, “les hommes perçoivent des revenus 25% plus élevés”, et ce malgré la loi pour l’égalité professionnelle qui date de 1972 et qui postule que “tout employeur est tenu d’assurer, pour un même travail ou pour un travail de valeur égale, l’égalité de rémunération entre les hommes et les femmes”.


Si l’on parlait maintenant du fameux “25%”, un nombre qu’on peut lire assez régulièrement dans divers articles. Il est établi que les écarts salariaux hommes-femmes dans leur globalité sont de 25% : les femmes étant en moyenne payées un quart de moins que les hommes. Ce chiffre fait référence à une autre réalité : il évalue les salarié.e.s dans leur globalité. Le revenu moyen d’un homme salarié en France est de 1662 euros par mois, tandis qu’une femme salariée en France gagne en moyenne 1235 euros par mois. Ces chiffres datent de 2012.



Comment expliquer cette différence ?


30% des femmes travaillent à temps partiel en France, contre 8% des hommes : leurs revenus sont donc plus faibles que ces derniers.


Mais alors, les femmes n’ont qu’à travailler plus pour gagner autant que les hommes, non ?


D’autres chiffres nous parviennent de l’INSEE et datent de 2017 : l’écart salarial global est de 28,5% entre hommes et femmes, et il tombe à 16,8% en équivalent temps plein, donc si les salarié.e.s opèrent le même temps de travail, ce qui reste conséquent. Notons qu’en 2012, cet écart en équivalent temps plein était de 16,3% : les inégalités ne semblent pas se réduire, bien au contraire.


Il faut donc creuser plus loin pour comprendre ce qu’il se cache derrière les 16,8% d’écarts salariaux. La nature de l’emploi entre en ligne de compte : les secteurs dits féminins sont en moyenne moins rémunérés que les hommes, et l’écart est estimé à 3,5%. De même, le plafond de verre est un enjeu crucial : la hiérarchie verticale des entreprises est genrée, les femmes accèdent moins à des postes à responsabilité au sein des entreprises de manière générale, et cet écart joue pour 2,3% des inégalités salariales.



La négociation du salaire entre en ligne de compte : les femmes sont moins à même de demander régulièrement une augmentation à cause de biais genrés et de l’éducation.

Elles interrompent plus souvent leur carrière à cause des grossesses et accumulent ainsi du retard en entreprise, elles sont sanctionnées pour avoir procréé.


De même, il faut comprendre que le travail à temps partiel n’est pas toujours choisi, et qu’il peut donc être subi. En effet, les stéréotypes de genre participent à l’idée qu’une femme serait naturellement plus apte à s’occuper de son enfant ; une femme souhaitant conserver un emploi à temps plein après un congé maternité serait ainsi plus mal vue qu’un homme devenu père récemment, à qui on ne reprochera pas de reprendre d’emblée de longues journées de travail, voire des déplacements.


Le choix du secteur peut également être choisi, mais pas toujours, et cela résulte aussi de l’éducation. En effet, les garçons seraient meilleurs en sciences et les filles meilleures en langues, on peut le constater aisément en comparant les classes des filières littéraires et scientifiques dans les lycées, n’est-ce pas ? Il pourrait simplement y avoir des dispositions biologiques qui différencient les intérêts féminins des intérêts masculins ! Non, cela vient bien des fameux stéréotypes de genre.


Et même si c’était le cas, pourquoi les filières féminines sont-elles moins rémunératrices que les filières masculines ? Oui, le sexisme a aussi sa part dans les inégalités. En effet, on considère que les aptitudes professionnelles féminines sont plutôt de l’ordre de l’inné, qu’elles ne requièrent pas de compétences particulières (exemple des mères de famille qui peuvent passer le CAPES sans diplôme si elles ont eu 3 enfants) : c’est le cas du secteur du soin (care en anglais). On a attribué l’altruisme, l’empathie, et le soin des autres comme étant des capacités biologiques et donc innées chez les femmes. Pour travailler dans la santé, par exemple en tant qu’infirmière ou auxiliaire de soins, il n’y aurait donc moins besoin de compétences acquises pour les femmes qui y seraient naturellement prédisposées. Ces métiers sont donc dévalorisés et moins bien payés.


Seulement, comme l’explique la neurobiologiste Catherine Vidal, il n’y a pas de différence fondamentale dans le cerveau des hommes et des femmes, celui-ci, ainsi que ses aptitudes, se façonne au fil des années et subit les biais sexistes de la société dans laquelle il évolue.


Grosso modo, il resterait donc environ 9 à 10% de l'écart salarial qui serait inexpliqué : inexpliqué veut donc dire, selon moi, imputable au seul sexisme et à la misogynie sociétale (croyances sur la moindre capacité et intelligence des femmes, entre soi masculin qui évince les femmes et les empêche de gagner plus, intimidation, harcèlement qui nous empêche aussi de demander des augmentations, dévalorisation de soi, etc ...).


Et vous, vous en pensez quoi de ces 10% restants ?