Le viol n'a rien à voir avec le sexe

TW : viol


La semaine dernière, autour d'une bière, je discutais du viol de guerre avec une amie (oui, on a des discussions sympa nous). Nous parlions du fait que dans les cours d'Histoire, cet aspect de la guerre n'est jamais raconté : pourtant, presque toutes les armées ont utilisé le viol comme moyen de déstabiliser des sociétés entières. Ils souillaient les femmes pour déshonorer les hommes.


Au-delà des guerres, le viol, pratique tragiquement courante encore en 2020, n'a, selon moi, rien à voir avec le sexe. On dit souvent des violeurs, des hommes qui violent puisque dans 91,2 % des cas, les hommes sont les violeurs, qu'ils ne peuvent pas se retenir, se contrôler, qu'ils ont des pulsions sexuelles tellement puissantes qu'ils ne peuvent pas se contenir.

De mon point de vue, le viol "civil" n'est pas une question de besoin sexuel irrépressible : si c'était le cas, on se ferait sauter dessus dans la rue par des inconnus en chaleur. Or, il est intéressant de rappeler que dans 67% des cas, le viol a lieu au domicile du violeur ou de la personne violée et que le bourreau est une personne connue. Il y a donc préméditation dans de nombreux cas, et surtout, ce besoin d'asseoir son autorité, de faire peur, de voir la crainte dans les yeux de la victime et de savoir que celle-ci ne parlera pas ou ne sera pas crue.


Pour en témoigner, je vais vous raconter, un mois après le 8ème anniversaire de mon viol, comment celui-ci s'est déroulé.

J'habitais alors en Espagne pour un stage de six mois. Je ne m'étais pas fait beaucoup d'ami.e.s et pendant la feria de ma ville, en août, j'ai rencontré dans la rue un mec super sympa. Ma mère était alors venue me rendre visite, j'ai juste pris son numéro, et on s'est écrit le lendemain. On a un peu échangé, et on a décidé d'aller manger ensemble. Il m'a appris des mots en espagnol, on a parlé culture, travail, etc ... Il y a eu un seul geste de drague que j'ai repoussé en expliquant que j'étais en couple. On a pas mal rigolé.

Vers 22 heures, on quitte le restaurant et il me propose de me raccompagner. J'accepte. Sur la route, il me dit qu'il y a une pool party dans son immeuble, qu'il va y aller. Il me demande si j'ai envie de venir, je lui dis ok, je rentrerai plus tard en taxi, aucun problème.

On passe chez lui pour qu'il prenne son maillot de bain et à boire. Il ferme la porte à clé, mais sur le coup, je ne prends pas peur.

Je m’assoies sur son canapé en attendant qu'il se soit changé. Il revient, il se met debout devant moi, il m'attrape doucement la nuque et m'embrasse. Je le repousse, mais il continue, il se colle contre moi et m'allonge sur son canapé. Je lui répète que je n'ai pas envie de lui, que je suis en couple, que je suis juste venue pour la soirée.

Il me regarde dans le blanc des yeux, et il me dit " je suis flic, n'oublies pas, qu'est-ce que tu vas faire, qu'est-ce que tu vas dire? Tu vas aller voir la police? "

Quelques heures plus tôt, il m'apprenait le mot verdugo, qui veut dire bourreau en espagnol, et qui est aussi son nom de famille. C'est à ce mot que j'ai compris pourquoi ça le faisait probablement rire.

Sur le coup, cela ne ressemblait pas à un viol. Il m'a emmené dans sa chambre, il m'a déshabillé doucement, comme si j'étais une chose fragile dont il fallait prendre soin. Il a mis un préservatif, alors que pour moi, les violeurs ne se protégeaient pas.

Après l'acte, j'ai voulu partir, car je pleurais, évidemment. Il m'a demandé de rester dormir avec lui, près de lui. J'ai éteint la lumière et n'ai pas fermé l’œil de la nuit. Vers 7 heures du matin, je suis partie sur la pointe des pieds pendant qu'il dormait encore.

Le soir même, il m'envoyait un dernier message sur Messenger pour me dire qu'il avait passé une excellente soirée. Je l'ai bloqué, je n'ai jamais répondu.

Dans ce message, il me disait aussi " c'est quoi cette photo de couverture ", je l'avais en effet changée dans la journée, pour mettre un message vu dans les rues de la ville où j'habitais en Espagne :


"Qu'aucun homme ne décide pour toi"


J'en ai eu la confirmation à ce moment-là, c'était prémédité. Il n'y avait pas de pulsion sexuelle, aucune violence. Ce viol n'avait rien à voir avec ce qu'on raconte dans les médias. Il n'avait certainement aucune frustration. Il l'a fait parce qu'il POUVAIT le faire, parce qu'il savait que l'impunité liée au viol le sauverait (je rappelle que l'immense majorité des violeurs reste impunie, petit article du Monde à ce sujet).

Le viol n'a rien à voir avec le sexe, il est un moyen d'asseoir la domination masculine, et je mets ma main à couper que les chiffres ne cesseront d'augmenter tant que nous continuerons haut et fort à nous battre pour notre place dans la société. Jusqu'au jour où nous serons enfin entendues et que le viol sera enfin puni correctement.


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© 2020 - Bettina Zourli

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