L'hétéronormativité nous empêche-t-elle d'être homo ?

Je vais vous raconter une histoire. En février 2017, je suis partie sur un coup de tête m'installer en Thaïlande. Trois semaines plus tard, alors que je m'étais presque fait une tendinite à cause de swipper des profils sur Tinder, je rencontrais l'homme qui allait devenir mon mari.

A peine deux semaines après notre rencontre, lors d'une soirée avec des amies, je croise le regard d'une sublime femme birmane. Nous parlons toutes deux anglais, et pourtant, nous n'osons pas nous parler. Nous passons la soirée dans le même groupe d'amis. Vers minuit, nous nous installons à un stand de street food pour manger. Nous sommes côte à côte, elle pose sa main sur ma cuisse et nous nous regardons intensément. J'ai dû partir à peine une heure plus tard car je prenais un avion le lendemain, et j'ai senti dans son regard qu'elle aurait souhaité que je reste. Je venais de rencontrer mon futur mari aussi. Ah oui, et surtout, je suis hétérosexuelle enfin !

C'était la première fois - et pour l'instant la seule - que j'étais attirée par une personne du même sexe que moi. Je n'avais absolument JAMAIS réfléchi à l'éventualité d'être homosexuelle. Evidemment, je m'étais déjà demandée si je pouvais coucher avec une femme, et la réponse avait toujours été non. Pour moi, c'était logique, j'étais hétéro, point barre.


C'est là que j'ai commencé à réfléchir : et si l'hétéronormativité, c'est-à-dire la construction sociale faisant en sorte que l'hétérosexualité soit admise comme étant la norme, refrénait mes envies et par extension celles de dizaines de milliers de personnes sur Terre ?

Maintenant que j'y pense, cela paraît évident. Combien de personnes hétérosexuelles découvrent tardivement leur homosexualité, parfois même après s'être marié.e, avoir eu des enfants, avec une personne du sexe opposé ?


Là où je veux en venir, c'est qu'il est important, à mon sens, de prendre du recul sur son désir et sa sexualité. De la déconstruire. Comme beaucoup d'éléments de nos vies, nous avons été élevé.es pour la plupart d'entre nous comme des personnes hétérosexuelles : "Oh regard ce futur tombeur!" dit-on aux jeunes garçons. "Wahou mais avec ces beaux yeux bleus tu vas faire tomber tous les garçons", répète-t-on aux petites filles. Autant de réflexions qui ne laissent aucune place au doute. Alors bien sûr, je souhaiterais que les parents de futurs adultes fassent eux aussi l'effort de ne pas faire de supposition quant à l'orientation sexuelle de leur progéniture, mais quand on sait que des centaines de jeunes se font littéralement jeter à la porte lorsqu'ils assument leur homosexualité (ou bisexualité, ou autre), on sait que le travail sera de longue haleine.


Je me demande si le fait de réfléchir réellement et posément à sa sexualité ne permettrait pas également de rendre toutes les orientations sexuelles plus banales. En effet, le problème de l'hétéronormativité est, à mon sens, que les personnes hétérosexuelles ne se qualifient même pas comme telles. Elles le sont, point. Et les LGBTQIA*phobies sont nées précisément à cause de cette norme selon laquelle la seule sexualité possible est celle qui unit deux personnes (stop aux orgies) de sexe opposé (et merci la binarité). Si nous assumions enfin que nous aurions pu être lesbienne, gay, bi, assexuel.le, pansexuel.le, etc ... nous ouvririons enfin la porte à la fin de la marginalisation des orientations sexuelles citées plus haut, qui deviendraient enfin tout aussi banales que l'hétérosexualité. Quand à cette dernière, elle doit cesser d'être la norme, car elle est aussi naturelle que toutes les autres et parce que toutes les sexualités sont légitimes.



*Lesbiennes, Gais, Bi-e-s, Trans', Queer, Intersexes, Assexuel-le-s


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© 2021 - Bettina Zourli

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