Le harcèlement de rue, une passion francophone ?

Sur mon compte Instagram @jeneveuxpasdenfant, vous êtes nombreux.ses à me dire que vous ressentez le harcèlement de rue de manière beaucoup plus forte en France qu'à l'étranger. Un point s'impose.



En 2018, une enquête IFOP révélait que 76% des femmes avaient été victimes au moins une fois de harcèlement dans la rue. Il s’agit d’une étude portant sur 2008 femmes de plus de 15 ans, effectuée entre le 26 et 29 Janvier 2018.  En Belgique, ce nombre passe à 91% : 9 filles sur 10, ont déjà été victimes de harcèlement de rue, contre 28% de garçons, selon un sondage commandé en 2019 par Plan international Belgique, auprès de 700 jeunes à Charleroi, Bruxelles et Anvers. 

Les formes de harcèlement sont diverses mais 3 agressions sont les plus courantes : les sifflements, les regards insistants, ainsi que les commentaires déplacés sur le physique.

En 2019, l’IFOP, pour le compte de la Fondation Jean Jaurès, conduit à nouveau une étude à l’échelle européenne (Allemagne, France, Espagne, Italie, Royaume-Uni), dont la conclusion indique que les Espagnoles sont les européennes qui subissent le plus de harcèlement de rue, à hauteur de 86% (vous remarquerez que le chiffre belge ci-dessus est plus élevé, mais que le pays ne faisait pas partie de cette enquête).  Dans cette même étude, si l’on considère uniquement les douze derniers mois, l’Allemagne se place tristement en tête du classement européen, avec 13% de femmes ayant subi des commentaires sexistes, des moqueries, des insultes.  En Argentine, depuis 2016, le harcèlement de rue devient un crime, puni par la loi dans la capitale, à Buenos Aires. Depuis le 7 Décembre de cette année-là, une personne ayant des propos offensant dans la rue peut être condamnée à payer une amende de 1000 pesos, soit 60 euros, ou à 10 jours de travaux forcés.  Cette loi fait suite à un sondage réalisé le 25 Novembre 2016, au cours duquel 97% des femmes argentines déclaraient avoir subi du harcèlement de rue.  Le Japon ne semble pas en reste, puisqu’à titre d’exemple, des wagons réservés aux femmes ont désormais été mis en place à Tokyo en 2005 afin de lutter contre les agressions, les “frotteurs” dans les transports.


Pourquoi tous ces chiffres, vous demandez-vous peut-être ?

Et bien parce que le 26 Juin, j’ai publié sur mon compte Instagram un post abordant le thème du harcèlement de rue, auquel j’ai été confrontée 3 fois dans une même journée à Bruxelles, en Belgique. J’expliquais aussi, de manière tout à fait innocente, que cela m’avait d’autant plus choquée que lorsque j’habitais en Thaïlande ou au Guatemala, je n’avais pas vraiment ressenti ce genre de malaise en sortant en short dans la rue. 

J’ai reçu plusieurs commentaires dont le message était le suivant : la France (ou dans mon cas la Belgique, donc les pays francophones européens disons) semble être un pays des moins sûrs en ce qui concerne le harcèlement de rue. Plusieurs femmes mettaient en avant le sentiment de sécurité qu’elles avaient du ressentir, elles ou une amie, en habitant à Londres, Séville, Montréal, Milan. Et là, une question m’a frappé : le harcèlement de rue, ce serait une histoire de culture ? 

Les chiffres cités plus haut montrent bien que non : malheureusement, nous sommes toutes égales vis-à-vis du harcèlement de rue. Aucun pays ne semble tirer son épingle du jeu. 

Voici ma théorie : si nous sommes très nombreuses à indiquer que les autres pays sont moins pires, qu’on s’y sent plus en sécurité, cela est très certainement lié à notre regard étranger, souvent happé par une multitude de découvertes, lorsque nous voyageons ou que nous migrons dans un autre pays pour y travailler. 

Parce qu’on a tendance à toujours “voir l’herbe plus verte chez le voisin”, on a peut-être moins tendance à remarquer les aspects négatifs d’un pays, puisqu’on baigne dans un océan de nouveauté, de liberté, et souvent, d’émerveillement. Si je prends mon cas personnel, j’avais l’impression que le Guatemala me permettait d’être plus à l’aise, mais en même temps, je m’habillais peut-être différemment, vivant dans un village très traditionnel. Je voyais d’autres choses, la pauvreté, oui, la différence culturelle, mais ça non. Parce qu’on ne le voit pas au quotidien quand on ne s’y intéresse pas.


Je viens de lire que selon un sondage des Nations Unies qui indiquent que toutes les femmes guatémaltèques ont déjà vécu du harcèlement et que pour 44% d’entre elles, ce harcèlement est quotidien (l’étude porte sur la capitale, la ville de Guatemala city). 

Alors, cette différence que l’on a l’impression de noter ne vient-elle pas simplement de notre état d’esprit dans une nouvelle ville VS le quotidien parfois pesant que l’on vit au quotidien chez nous ? 

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© 2020 - Bettina Zourli

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