Les femmes sont-elles vraiment naturellement multitâches ?

Il existe une idée reçue bien ancrée qui consiste à penser que les femmes sont naturellement multitâches, polyvalentes, tandis que les hommes auraient plus de difficultés à faire deux choses en même temps. Je me suis récemment demandé s'il s'agissait de facteurs biologiques, qui expliqueraient cette différence entre les sexes, ou si l'éducation et la culture n'avaient pas leur entière responsabilité à ce niveau.


Des études scientifiques qui le prouvent


En 2017, des chercheurs de l'hôpital universitaire de Zurich démontraient, par une expérience, que les femmes étaient plus multitâches que les hommes : ils.elles ont demandé à 83 hommes et femmes de 18 à 80 ans, de marcher sur un tapis de course tout en passant un test de pensée complexe. Les femmes arrivaient mieux à gérer les deux activités tandis que les hommes montraient des difficultés à marcher normalement (ils devaient moins balancer leurs bras pour mieux se concentrer).

On pourrait s'arrêter là, et conclure que le fait de naître de sexe féminin ou masculin explique ces différences entre les sexes.


En 2019, rebelotte. Des chercheurs allemands mènent une étude similaire et démontre le contraire ! Ils comparent la rapidité d'analyse et le temps nécessaire aux hommes et aux femmes pour passer d'une tâche à une autre (task switching) et se basent sur ces éléments pour leurs conclusions.


Tout d'abord, il me semble important de pointer le fait que les éléments étudiés ne sont pas les mêmes : la première étude mentionnée aborder la capacité à effectuer deux tâches distinctes en même temps, quand la deuxième porte sur la capacité à passer d'une tâche à une autre rapidement. Autrement dit, ce n'est pas vraiment la même chose.


Une différence construite socialement ?


Le fait que certaines études montrent une différence entre les sexes ne me surprend guère.

En 2013, des chercheurs américains avaient déjà pu conclure que les cerveaux féminins et masculins étaient différents et que le cerveau féminin était plutôt fait pour avoir une grande mémoire et une plus grande intelligence sociale, tandis que le cerveau masculin était construit de manière à faciliter l'information entre la perception et l'action : ces démonstrations prouvaient selon eux que les hommes peuvent se concentrer sur une tâche à la fois et les femmes sur plusieurs.


Sans remettre en question les études précédemment citées, il y a quand même quelque chose qui me chagrine : elles portent toutes sur des sujets adultes (plus de 18 ans). A cet âge, nos différences liées au sexe qui nous est attribué à la naissance ne sont-elles pas déjà pleinement ancrées ?


Quand je pense à l'idée de capacité à être multitâche, je pense charge mentale. Je me dis que, quand même, le fait que les femmes aient à gérer la plupart des choses du foyer (ménage, courses, emploi du temps familial, rdv chez le médecin pour les enfants, anniversaires, vacances, etc ...) doit bien y être pour quelque chose.

Que le fait qu'on nous apprend, dès l'enfance, à nous occuper des autres (via des poupons), à organiser et gérer (via des dinettes), et à imaginer des situations diverses (via des Barbie et autres poupées), doit quand même avoir son rôle là-dedans.


Pour en avoir le cœur net, il faudrait pouvoir étudier cette question avec des enfants de moins de 2 ans, puisqu'on sait que c'est à cet âge que les enfants commencent à adopter des comportements sexués et différenciés (comme l'explique Manuel Tostain, professeur de psychologie sociale, ici). Une autre étude montre qu'on intègre notre identité de genre, et donc nos caractéristiques attendues sociétalement, entre 3 et 5 ans.


Je pense pas que les femmes soient donc naturellement multitâches et les hommes moins doués pour cela, non. Je pense que, comme pour toutes les aptitudes dites féminines ou masculines, elles sont une construction sociale, issue des stéréotypes de genre que nous apprenons dès le jour de notre naissance. Ces stéréotypes, largement partagés, s'ancrent en nous à tel point que nous ne reconnaissons que les preuves de leur existence, sans prêter attention aux contre-exemples qui nous entourent pourtant certainement.