Le féminisme, utile aussi aux hommes cis ?

Il s'agit là d'un débat qui revient souvent sur la table - trop souvent, au goût d'environ toutes les féministes que je connais et dont je fais d'ailleurs partie.

Les masculinistes qui viennent littéralement pourrir nos espaces commentaires nous rappellent régulièrement à quel point ils seraient les grands perdants du féminisme, qui aurait pour seul et unique but, soit de les émasculer, soit de leur enlever tous leurs droits pour les réduire en esclavage.

Bien que faire preuve une énième fois de pédagogie à leur égard m'ennuie profondément, j'ai voulu écrire cet article afin d'avoir une ressource accessible à balancer dès que j'entendrais l'une des phrases suivantes :


" Et les hommes qui se font violer alors, pourquoi vous n'en parlez pas ? " " Oui enfin ce sont les femmes qui obtiennent presque toujours la garde des enfants lors d'un divorce ! " " Nous aussi on se fait faire des enfants dans le dos parfois ! " " Les personnes sans abri sont plus souvent des hommes. " " Les hommes ont plus de risques de mourir dans la rue que les femmes. " " Oui enfin c'est pas vous qui allez faire la guerre il me semble. "


(liste non exhaustive, mais vous aurez compris l'idée, je crois)


Effectivement, toutes les phrases citées ci-dessus sont vraies, je ne dis absolument pas le contraire. C'est vrai que les hommes subissent des viols : mais où sont les associations masculines de soutien et de dénonciation ? Où sont les hommes qui viennent déconstruire les stéréotypes de genre, ce qui permettrait sans aucun doute de libérer la parole et aux hommes de se défaire de cette virilité toxique qui les empêche de porter plainte, de montrer leurs émotions et leurs faiblesses ?

Les combats féministes ont notamment permis, en août 2018, en plus de la pénalisation du harcèlement de rue, d'inclure dans la catégorie des viols, les cas de personnes ayant subi une fellation forcée ou ayant été contraints de pénétrer autrui.


C'est vrai que les mères obtiennent presque exclusivement la garde des enfants lors d'un divorce. Ce que les personnes oublient souvent de préciser, c'est que bien souvent, la décision est consensuelle : en effet, comme on peut le lire dans cet article de l'Express, "les parents choisissent la résidence chez la mère dans 71% des cas, la garde alternée dans 19% des cas, la résidence chez le père dans seulement 10%". Les pères demandent peu la garde, peut-être parce qu'ils savent qu'ils auront plus de mal à l'obtenir. Pourquoi ? A cause des stéréotypes de genre, encore une fois. Les combats féministes ont là encore leur rôle à jouer : en effet, nous tentons de déconstruire l'idée que le soin aux enfants serait innée chez la mère, et donc, que les pères seraient naturellement moins capables de prendre soin de leurs enfants.


C'est vrai que des hommes se font faire des enfants dans le dos. Et c'est une chose horrible. Néanmoins, je pense que la question de la contraception devrait évoluer, pour devenir une question individuelle plutôt qu'une question de couple. Dans le cas des couples hétérosexuels, l'homme fait reposer dans presque 100% des cas en France du moins, la charge de la contraception à sa partenaire. Et si on imaginait une contraception individuelle ? Que chaque personne prenne en charge sa fertilité ou non fertilité ? Cela réduirait d'une part, dratisquement le nombre d'IVG (je rappelle que 72% des IVG ont lieu alors que la personne prenait une contraception) mais aussi ces cas très fâcheux d'enfants faits dans le dos.


C'est vrai que les personnes sans abri sont plus souvent des hommes. Il y a là, à mon sens, un lien là encore avec les stéréotypes de genre. Les hommes bénéficient de moins de solidarité que les femmes de manière générale : ils la demandent moins et la société considère que c'est à l'homme de gérer, pas de demander de l'aide. De plus, cela rejoint aussi le cas cité plus haut : les hommes sont moins nombreux à garder leurs enfants, et la solidarité est donc accrue envers les femmes sans abri, surtout si elles ont des enfants. Enfin, il y a aussi une question de visibilité : si la rue est dangereuse pour les femmes, elle n'est encore plus pour les femmes sans abri. Comme on peut le lire sur le site de l'INED, "En 2012, les femmes représentent 38 % des sans-domicile francophones dans les villes de plus de 20 000 habitants. Chez les moins de 30 ans, elles sont presque aussi nombreuses que les hommes (48 %)." Les femmes se cachent plus parce que vivre sans la rue pour elles relève du danger permanent.


C'est aussi vrai que les hommes ont plus de risques de mourir dans la rue. Plusieurs milliers d'hommes meurent chaque année en France. Ces hommes sont, dans la plupart des cas, tués par d'autres hommes. L'idée de la violence, naturellement masculine, du rôle de dominant, de conquérant, que doit revêtir l'homme dans notre société, l'expose en effet plus souvent à des risques de violences et de mort. Mais là encore, où sont les associations masculines pour dénoncer la virilité toxique, les homicides ? Quelles stratégies sont mises en place pour réduire les chiffres par les principaux concernés ? On nous assène, dès lors qu'un féminicide est relayé par les comptes féministes, que les hommes aussi meurent, sauf qu'ils ne meurent pas pour les mêmes raisons, pour la seule raison qu'ils sont des hommes. Je ne dis pas que c'est moins grave, je dis que comparer homicides et féminicides n'est pas pertinent.


Enfin, c'est vrai, que les hommes vont plus souvent faire la guerre que les femmes. Enfin, pas vraiment. Oui, les hommes sont au front. Mais pour faire la guerre, et la réussir surtout, ne faut-il pas tout un pays ? Ne faut-il pas que les femmes travaillent, éduquent et nourrissent les enfants, bref, fassent fonctionner un pays et son économie, pour qu'un pays sorte victorieux d'une guerre ?

Mais aussi, la guerre n'est-elle pas une activité purement patriarcale, qui s'est développée par un désir de domination et de conquête, et qui est né avec le début de la sédentarité et le besoin de propriété des ... hommes ? La guerre n'est bénéfique à personne, pourquoi vouloir essayer de tirer la couverture à soi alors que nous en sommes tous.tes victimes ?