Emmanuel Macron, féministe ?

C’était la grande cause du quinquennat, qui touchera à sa fin dans 10 mois. L’égalité entre les hommes et les femmes devait être une priorité, grâce à un fabuleux programme de sensibilisation, notamment des acteur.ices de l’éducation, mais aussi en augmentant l’arsenal répressif à l’égard des agresseurs.


Pourtant, à l’heure où j’écris ces lignes, nous nous recueillons à la suite d’un nouveau féminicide : Sandra a été tuée par son ex-conjoint début juillet, alors même que deux plaintes avaient été déposées contre lui et qu’il avait déjà été condamné à plusieurs reprises pour diverses infractions. Deux mois plus tôt, Chahinez avait été brûlée vive par son compagnon, qui avait lui aussi déjà été jugé et condamné pour violences conjugales.

On peut le dire, rien n’a changé. La violence subie par les femmes et commise par des hommes qui ne tolèrent pas une séparation ou de ne pas avoir totale emprise sur leur conjointe s’est exacerbée : elle ne se cache plus, et l’escalade d’agressivité est telle qu’on peut craindre pour sa vie en pleine rue, malgré plusieurs appels à l’aide auprès de la police.


Malgré ces dizaines de féminicides d’une violence inouïe chaque année (on en compte d’ores et déjà 61 au 12 juillet 2021), pas d’allocution, pas d’interview, pas de prise en charge médiatique de la part du Président de la République, Emmanuel Macron.

A la place, nous recevons une énième leçon sur la tenue républicaine et sur les usages du crop top, ce vêtement qui déconcentrerait les élèves et qui appuie une hypersexualisation des adolescentes.


Pourtant, Monsieur Macron se dit engagé en faveur du féminisme : d’ailleurs, il condamne fermement l’action de deux agents de sécurité qui, le 6 juillet dernier, interdisaient à une femme d’allaiter son enfant dans un lieu public, à savoir, les allées du parc d’attraction Disneyland Paris. Un projet de loi visant à interdire l’entrave à l’allaitement va être mise en place, et c’est une victoire dont on pourrait se féliciter.

Pas si vite. Il semblerait que le problème ait, encore une fois, été occulté. Il aurait été judicieux de se demander pourquoi, en 2021, alors même que l’égalité entre les genres est un combat mené par l’exécutif, deux gardes du célèbre parc d’attraction pensent avoir le droit d’empêcher une mère de nourrir son enfant ?



Si notre Président se confie à Elle en renouvelant son souhait d’une société plus égalitaire, il est, avec le gouvernement tout entier, le premier à diaboliser les femmes et leurs corps.


En effet, cette interdiction d’allaiter intervient dans un contexte particulier, où le corps des femmes est constamment mis à mal en public, et où des hommes pensent encore avoir le droit de statuer sur la tenue la plus appropriée. Comment imaginer une société moins misogyne quand le chef de l’Etat lui-même sexualise les filles qui vont à l’école avec un tee-shirt court ou une jupe, ou quand le gouvernement interdit le voile en faisant un énième amalgame entre Islam et danger pour la Nation, ou encore lorsque cela fait plus d’un an que le Ministre de l’Intérieur exerce alors que plusieurs accusations de viol plannent sur lui.


La gouvernance Macron ne cesse d’envoyer des messages clairs : le corps des femmes est une propriété publique. Les médias, notamment télévisés ainsi que la presse, laissent quotidiennement la place à des hommes politiques qui objectivent le corps des femmes, qui débattent sur ce que ces dernières ont le droit de faire ou pas.

On ne peut pas se battre pour réduire les violences faites aux femmes et, dans le même temps, continuer d'inférioriser le genre féminin en statuant sur les moindre faits et gestes de ces dernières comme s’il était légitime, pour les dominants (à savoir, une classe politique qui agit en non-mixité sur des questions où les concernées sont les grandes absentes) de donner son avis et par la suite d’agir selon sa propre notion de ce qui est moral ou non de faire pour une femme, comme l’ont fait ces deux agents de sécurité à Disneyland ?


Il en est de même pour les violences conjugales et les féminicides : quand on lit plusieurs fois par an que des plaintes ont été portées à la police, parfois à plusieurs reprises, envers un individu, et que celui-ci se promène librement, vit à côté ou parfois toujours avec sa victime, et peut agir comme bon lui semble, on ne peut pas faire mine d’être étonné que ces féminicides sanglants aient lieu et espérer que les citoyen.ne.s vous croient.


Emmanuel Macron n’est pas un allié des causes féministes, parce qu’il a voulu mettre en concurrence le 3919, le numéro d’appel national pour les violences, avant d’envisager de fermer le numéro au profit d’un autre, alors même que celui-ci existe depuis 1992.

Emmanuel Macron n’est pas un allié des causes féministes parce qu’il considère que créer 10 000 postes de policiers va suffire à rassurer les milliers de femmes qui n’osent pas porter plainte pour viol et agressions sexuelles, en oubliant que ces policiers ne sont tout simplement pas formés à abandonner leurs biais sexistes pour véritablement accueillir ces victimes.

Emmanuel Macron n’est pas un allié des causes féministes lorsqu’il tient un discours universaliste, alors même qu’il martelait sur la chaîne américaine CBS qu’il fallait “déconstruire notre histoire”, en avril dernier. Il rejette les considérations intersectionnelles et par là invisibilise le racisme systémique ou l’homophobie ambiante, simplement parce qu’il est parti en campagne pour 2022 et qu’il faut donc rallier les Français.e.s, et aller dans leur sens, à savoir, celui de l’intolérance.


Non, les combats féministes intersectionnels ne fracturent pas le débat, c’est un gouvernement qui diabolise l’Islam, le corps des femmes et qui divise les citoyen.ne.s entre elles et eux pour mieux régner, qui brise les solidarités un peu plus chaque jour.