Le droit de disposer de nos corps, ou comment les femmes se sont - encore - fait avoir

En scrollant sur Instagram, je découvre que Brut publie des images d'archives de l'INA, datant de 1970, sur le sujet du topless à la plage. C'est en effet pendant cette décennie que la pratique s'est démocratisée, grâce à des combats et réflexions sur la liberté sexuelle mais aussi le droit de disposer librement de son corps.

Ce qui m'intéresse le plus sur les réseaux, ce sont les commentaires, et les tendances en fonction du genre qui commente. Je plonge donc dans les méandres de la section commentaires de cette vidéo Brut (provenant de l'INA, voir ci-dessous), qui a fait pas mal réagir.


Je découvre des dizaines de messages masculins qui encense cette fameuse libération sexuelle. Chacun y va de son petit mot d'encouragement "Free the nips les filles" ("libérez les seins") ; "Mesdames votre corps vous appartient", si vous voulez le montrer vous en avez le droit" ; " Mais d'où les femmes devraient porter un soutien-gorge ! " D'autres, au contraire, trouvent que notre nudité est provocatrice : " Merci de ne pas imposer votre nudité aux autres et surtout aux enfants ", écrit un homme dont je doute pourtant qu'il cache ses tétons à la plage.


Là, ça m'a frappé : ces hommes libidineux qui soutiennent la liberté des femmes à disposer de leur corps ne sont vraiment pas nos alliés. Ce sont les mêmes qui matent nos seins quand on décide juste d'enlever le haut du maillot de bain, pas pour les draguer ou les exciter, mais simplement pour notre confort personnel.

Le droit à disposer de notre corps, nous a peut-être servi à nous, personnes sexisées, mais il a clairement servi aux hommes. Pendant que nous revendiquons le droit de faire du topless, de nous habiller comme bon nous semble, de montrer nos seins librement sur les réseaux sociaux pour combattre la censure, les hommes qui ne sont pas nos alliés s'en donnent à cœur joie. Ils matent, et en plus, ils nous mettent mal à l'aise en nous le disant ou en faisant des regards lourds et désagréables, qui nous remplissent encore parfois de honte.

Nous avons raison de continuer à nous battre pour faire ce que bon nous semble de nos corps, pour le désexualiser quand nous ne le souhaitons pas (au même titre que les actions des Femen dont les happening seins nus ont cet objectif, ou bien que les hommes qui font du topless à la plage tout en utilisant leurs tétons comme des zones érogènes s'ils le souhaitent) mais il est temps que la société aille plus loin et qu'elle éduque les hommes à respecter ce droit à disposer de nos corps.

Parce qu'il semblerait que dans l'équation, ils n'aient toujours pas compris qu'ils étaient de trop. Ils s'octroient toujours le droit de nous dire quoi faire ('oui, continuez, vous êtes libres' ou 'non arrêtez, vous êtes vulgaires') et même quand ils pensent peut-être naïvement bien faire en nous "soutenant", ils ne sont en fait qu'une violence de plus, ce risque d'être matée, d'être reluquée lourdement, ce risque même qui nous empêche en fait d'être totalement libres et sereines dans nos corps, plus sexualisés que jamais.