Et si on demandait leur consentement aux enfants ?

Bon, j'avoue, ça ne m'est pas arrivé souvent, mais j'ai quelques souvenirs de parents qui obligeaient leur enfant à venir me faire un bisou pour me dire bonjour ou au revoir, alors même que je connaissais ces enfants depuis à peine quelques minutes.

D'une part, c'est un geste qui ne me plaît guère à cause de la bave qui entoure généralement les bouches des jeunes enfants. D'autre part, je trouve cela carrément déplacé, le fait de forcer un enfant à donner un bisou.


Et si on demandait leur consentement aux enfants, quand il s'agit de leur corps?


Le fait de faire un bisou, puis plus tard, la bise, est perçu comme un acte de politesse en France. Selon les régions, on en fait une, deux, trois, mille (ça devient vraiment usant quand ça dépasse deux, selon moi). Quand on a le malheur de refuser ce geste, pourtant intrusif pour beaucoup de personnes, les réactions n'y vont pas de main morte et on passe facilement pour l'associable du quartier.

Personnellement, si je devais trouver un aspect positif à la pandémie que nous vivons actuellement, ce serait bien ça : le fait que mes relations physiques en société non désirées se sont réduites à néant, et ce, pour mon plus grand bonheur. Exit les bisous forcés à la machine à café le matin par ton collègue libidineux qui a mis trop d'eau de Cologne, ou les poignées de main qui te font toujours te demander "est-ce que cet homme se lave les mains après avoir pissé?".


Bon, et bien si on imaginait que c'était pareil, pour les enfants. Je pense qu'on a tous.tes pu observer des enfants pleurer voire se rouler en boule (ah les capricieux.ses), ou encore se cacher la bouche alors que leurs parents leur demandaient d'aller embrasser un vieil oncle ou même un inconnu.

Non, ce n'est pas sain de forcer à montrer de l'affection alors même que l'enfant n'en ressent pas l'envie. On peut tout à fait être poli en disant Bonjour ou Au revoir, avec un signe de la même, ou un hochement de tête (je suis une grande fan de la politesse asiatique, où le "wai" est de rigueur).

Si on n'apprend pas le consentement aux enfants pour un simple bisou sur la joue, comment peut-on ensuite leur faire comprendre que leur corps leur appartient, et qu'il ne doit pas être touché par n'importe qui ? Le consentement n'est pas réservé aux adultes, et il me semble que la vague de #metooinceste qui s'est déversée sur les réseaux sociaux au mois de janvier 2021, notamment grâce à des femmes courageuses comme Camille Kouchner qui publiait le même mois La familia grande.


Evidemment, je ne dis pas que les parents pensent à mal en apprenant ce qu'ils pensent être la politesse à leurs enfants : nous vivons en société et nos moindres faits et gestes sont régis par des règles sociétales strictes, qu'il convient de remettre en question ensemble.


Si en tant qu'adulte, je me sens parfois - souvent - mal à l'aise, à cause d'une bise avec un collègue, parce que ça lui donne l'occasion de me susurrer un mot qu'il pense doux et sexy à l'oreille, ou de se coller à moi en m'enlaçant de l'autre main, je n'ose imaginer la frustration qu'on ne peut exprimer en tant qu'enfant à l'idée de devoir s'approcher physiquement de quelqu'un quand on a pas envie.

Je pense qu'on a tous et toutes de nouvelles habitudes à prendre à ce sujet :

  • en tant qu'adulte confronté.e.s à cette situation, demander à l'enfant s'il a envie ou pas, lui dire qu'il n'est pas obligé, et lui proposer une alternative sympa pour dire bonjour (je réitère avec le wai thaïlandais, mais vraiment, ça a été une révélation de vivre en Asie du Sud-Est pour moi à ce niveau).

  • en tant que parent, comprendre les mécanismes intégrés et les normes sociétales, pour mieux les questionner, et ce, pour la sécurité et le bien-être des enfants. Intégrer la notion de consentement dès le plus jeune âge, c'est sain, oui, oui.

Cela peut d'ailleurs se faire en douceur, à l'aide de livres jeunesse. L'Obs et Rue 89 en ont d'ailleurs fait un chouette article, qui présente 10 livres jeunesse parlant du sujet. Vous trouverez également d'autres ressources sur cet article de France Inter.


Alors, convaincu.e.s ? Et si on arrêtait de faire des bisous ou de leur en demander, aux enfants tant qu'ils ne peuvent exprimer réellement leur consentement ?