Ce jour où j'ai découvert mon corps

Le jour où j'ai découvert mon corps, j'avais 26 ans. 26 ans, c'est l'âge auquel j'ai arrêté toute contraception. Avant cela, j'avais été mise sous pilule à 13 ans, pendant 10 ans au moins. J'ai ensuite testé l'implant pendant 1 an et demi, puis le dispositif intra utérin (DIU) pendant six mois avant de courir chez mon gynécologue de l'époque pour qu'il me l'enlève d'urgence, tant les douleurs étaient intenses.


Oui, vous avez bien lu : j'ai commencé à me contracepter à 13 ans, et ce pour plusieurs raisons. Ma vie sexuelle a commencé assez tôt, j'avais aussi pas mal d'acné et enfin, des règles longues (7 jours) et douloureuses. A l'époque, ma mère m'emmène chez le gynécologue familial et hop, je ressors, après un premier examen, avec une prescription de la pilule Jasminelle. Cette pilule m'a accompagné, quotidiennement, pendant plus de 7 ans, avant que je passe à une nouvelle pilule, Leeloo Gé, étant donné que Jasminelle faisait partie des pilules de 4ème génération, et qu'un scandale avait éclaté en 2012 à propos des risques nombreux que comportent les pilules de 3ème et 4ème génération.

J'ai découvert les alternatives hormonales à la pilule en 2012, justement, "grâce" à ce scandale et à ses vies sacrifiées de femmes qui ont subi cancers et autres thromboses, d'où mon choix de tester l'implant, afin d'éviter les nombreux oublis de pilule. En 2015, je découvrais ensuite les alternatives non hormonales, et je testais donc le stérilet ou DIU (cette contraception ne rend d'ailleurs absolument pas stérile, rappelons-le).

Je me demande encore pourquoi c'était à moi d'arriver chez les praticiens que je voyais à l'époque avec mes questions, et pourquoi eux ne voyaient visiblement pas l'intérêt de m'informer de toutes les contraceptions disponibles, ni des risques que comprend chaque option.


Et un jour, c'est arrivé. Je n'étais pas en couple à ce moment là, j'avais l'impression qu'aucune contraception ne me conviendrai. J'ai décidé de tout arrêter et depuis, je n'ai pas repris de contraception.

A partir de là, j'ai enfin découvert mon corps.

En effet, j'ai découvert que l'on pouvait, simplement en observant son corps, réussir à comprendre son cycle. Réussir à déterminer LE jour où l'on ovule, mais aussi ressentir les diverses étapes du cycle menstruel, de la phase folliculaire à la phase lutéale, pour mieux organiser son quotidien afin de vivre ses règles plus sereinement.


Aujourd'hui, je suis assez fière (étrange à écrire mais c'est la vérité!) de dire que je sais précisément quel jour j'ovule ! Hé oui, il suffit pour cela (en tout cas dans mon cas), d'observer mes pertes blanches, vous savez, ces pertes que l'on peut observer dans notre culotte et qui sont plus ou moins transparentes, blanches, épaisses ou fines, selon le jour de notre cycle. Quand l'ovulation approche, les pertes deviennent transparentes, il s'agit en fait de ce qu'on appelle la glaire cervicale. Elle est très fluide, abondante et transparente, puisque son objectif est de faciliter un rapport sexuel et d'aider les spermatozoïdes à rejoindre l'ovule.

Bon, dans le cas où on ne veut pas d'enfant, cette information sert surtout à savoir que ce n'est pas le moment idéal pour avoir un rapport sexuel sans protection !


Bref, je ne dis pas qu'il faut arrêter toute contraception, surtout hormonale, du jour au lendemain. Ces options conviennent à de nombreuses personnes et il ne faut pas oublier que la pilule a été un vecteur immense d'émancipation, et qu'elle reste un outil incroyablement pratique et efficace pour contrôler notre fertilité.

Le problème, c'est qu'elle reste un inhibiteur de nos sensations, de nos cycles, de nos émotions, de notre corps tout entier. Elle limite les signes corporels de notre cycle menstruel, étant donné que tout devient automatisé à cause des hormones dispensées par la pilule dans notre corps. C'est également un contraceptif qui comporte BEAUCOUP de désagréments, et je pense sincèrement qu'il est grand temps que la sphère médicale comprennent que les personnes menstruées représentent 50% de la population mondiale, et qu'il est donc PRIMORDIAL de creuser la question d'un contraceptif sain. On refuse de continuer les recherches pour la pilule masculine à cause d'effets secondaires similaires à ceux de la pilule féminine. Pourquoi doit-on continuer à subir cela ?


Je dis simplement que je trouve que 13 ans, c'est quand même sacrément tôt pour proposer une contraception hormonale. C'est entraver le développement normal des cycles, c'est tout brusquer. J'aurais franchement préféré qu'on me propose simplement l'utilisation de préservatifs, ou qu'on m'expose déjà toutes les options disponibles.

Arrêter ma contraception, ça a été pour moi un acte militant, et je me suis jurée que, plus jamais je ne considérerai que la contraception est MA charge personnelle. A priori, un rapport sexuel, ça se fait minimum à deux : il est donc logique que la question de la contraception concerne donc tout le monde.


Et vous, quel est votre rapport à la contraception ?