5 phrases qu'on doit arrêter de dire aux enfants


Oui, je sais, je n'ai pas d'enfants, de quoi je me mêle. Il se trouve que, bien que childfree (sans enfant par choix), je suis féministe, je suis un master en études de genre, et je me spécialise dans ma création de contenus, sur la parentalité, entre autres.

Je n'ai pas la science infuse, on est d'accord, mais au gré de mes études, de mes lectures et mes recherches, je me suis rendu compte que nous apposons bon nombre de préoccupations de nos vies d'adultes sur des enfants alors qu'iels n'ont rien demandé. Que l'on appose sur les filles et les garçons des stéréotypes sexués qui mettent à mal l'égalité entre les genre. Je me rends compte qu'encore en 2022, on traite différemment les enfants en fonction du genre qui leur a été attribué à leur naissance.

En faisant cela, on réduit leur champs des possibles, on leur ferme des portes qu'iels n'ont même pas eu le temps d'entrouvrir. Alors, si on commençait à traiter les enfants pour ce qu'iels sont, à savoir, des enfants ?

  • Alors, c'est ton amoureux.se ?

Dès que j'avais un ami du sexe opposé, on supposait toujours que c'était mon amoureux. Ben oui, c'est bien connu, l'amitié homme-femme, ça n'existe pas ! Or, cette phrase, si elle peut paraître mignonne, voire anodine, laisse penser que seules les relations hétérosexuelles sont viables, et romantise toutes les relations entre genre féminin et masculin. Ce serait cool qu'on laisse les enfants être ami.e.s peu importe leur genre.

  • Le rose, c'est pour les filles !

Et le bleu, pour les garçons, vous connaissez la chanson. Sauf que c'est rare qu'on dise à une fille de ne pas porter de bleu. Or, les garçons semblent avoir une interdiction formelle de porter du rose, parce que ça ferait "trop fille", et parce que, c'est bien connu, tout ce qui est attribué au féminin, c'est pas vraiment gratifiant. La masculinité est encore perçue comme étant ce qui est le plus enviable, tandis que tout ce qui est attribué au féminin, à la féminité, est méprisé. Oui, ça s'appelle du sexisme.


Quand on interdit à un garçon de porter du rose, de jouer avec une poupée, de faire quoi que ce soit qui est attribué au genre féminin, sous prétexte que c'est pour les filles, on ancre en lui l'idée que les filles, c'est moins bien, et qu'on peut dévaloriser les filles, et plus tard, les femmes, comme ça, tranquille.


  • Pleurer c'est pas pour les vrais garçons !

S'il y a des jouets genrés, des couleurs genrées, il y a aussi des attitudes genrées. Laisser transparaître ses émotions, ce serait, là aussi, un "truc de fille", quelque chose de négatif, qu'il ne faut pas faire si on veut être un vrai garçon.

Or, ces phrases perpétuent la hiérarchie entre les genres féminin et masculin. La socialisation primaire, à savoir, la famille et l'environnement proche des enfants, mais aussi l'école, peut changer la donne dans la lutte des inégalités hommes/femmes, seulement si nous prenons tous.tes conscience de nos biais et des stéréotypes de genre que nous reproduisons, parfois inconsciemment. Seulement si nous admettons que nous éduquons différemment les enfants en fonction de leur genre, et que cette socialisation différenciée donne lieu à des inégalités.

Les luttes pour l'égalité entre hommes et femmes, les luttes contres les stéréotypes de genre sont aussi là pour ôter cette pression de la performance de la masculinité !


  • Les filles gentilles ne se mettent pas en colère

Si l'on bride la tristesse des garçons, on blâme aussi la colère des filles. D'ailleurs, ces deux émotions sont genrées : la première est davantage attribuée aux filles, et la seconde aux garçons

La journaliste Soraya Chemaly, autrice de Le pouvoir de la colère des femmes, indique "Les filles sont plus susceptibles d'apprendre que leurs sentiments de colère, peu importe la raison pour laquelle elles les ressentent, sont « mauvais » et pas raccords avec leur identité de fille".

Oui, les filles sont en colère, et il faut les laisser l'exprimer ! C'est un sentiment très sain, propre à l'être humain, qui n'a pas de genre particulier. Alors, je le répète : vous avez le droit d'être en colère. On nous a ôté ce droit, reprenons-le !


  • Comme elle est jolie / Comme il est fort !

Evidemment qu'on peut dire à une fille qu'elle est jolie et à un garçon qu'il est fort, uniquement si l'on s'autoriserait à dire aussi l'inverse. Là encore, les stéréotypes de genre nous jouent des tours. En effet, on va ramener valoriser la force physique des filles, car on aura plus tendance à se concentrer sur leur beauté extérieure, renforçant par là l'idée que c'est l'objectif principal du genre féminin : être joli.

Or, il n'y a pas de rôle prédéfini pour les humains en fonction du genre qui leur a été attribué à la naissance. Valorisons les garçons pour leurs habits, leur coupe de cheveux, leur petit minois, et les filles quand elles portent leur maison de poupée seules !